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frère, et sont également utiles à la société. (B. de St-P.) Le droit des gens tenant à des mesures d’institutions humaines, et qui n’ont point de terme absolu, varie et doit varier de nation à nation. (J. J. Rouss.) Les magistrats doivent rendre la justice de citoyen à citoyen : chaque peuple la doit rendre de lui à un autre peuple. (Montesq.) De peuple à peuple, il est rarement besoin de tiers pour juger, parce que les sujets de disputes sont presque toujours clairs et faciles à terminer. (Id.) On ne sait si on doit placer plusieurs cartels de défi de roi à roi, de prince à prince, entre les duels juridiques ou entre les exploits de chevalerie. (Volt.)

Sept à huit femmes, sept ou huit femmes. L’Académie s’est prononcée pour la dernière de ces expressions ; quant à M. Landais, il se borne a dire que à signifie environ. Voici l’usage. On emploie à entre deux nembres consécutifs, lorsque le substantif qui suit ces nombres représente une chose susceptible d’être divisée. Trois à quatre heures, quatre à cinq francs, sept à huit mètres, neuf à dix lieues, cinq à six pieds, dix à onze livres de sucre, onze à douze myriamètres, douze à treize ans. Tous ces objets peuvent être fractionnés, c’est-à-dire qu’on peut supposer des parties d’heure entre trois et quatre, des parties de franc entre quatre et cinq etc. etc. Les chevaux de Perse sont si bons marcheurs, qu’ils font très-aisément sept à huit lieues de chemin sans s’arrêter. (Buff.) Les talepotes de Ceylan ont des feuilles de sept à huit pieds de largeur. (D. de St-P.) — On emploie également à entre deux nombres qui ne se suivent pas consécutivement, et qui, par conséquent, laissent supposer entre eux un nombre intermédiaire. Vingt à trente personnes, quinze à vingt francs, mille à douze cents chevaux. Les enfants âgés de dix à douze ans sont susceptibles de raisonnements beaucoup plus étendus. (B. de St-P.) Les cocotiers des îles Séchelles ont des feuilles de douze à quinze pieds de long. (Id.) On a pris aux Allemands sept à huit cents hommes. (Racine.) Si les ennemis viennent de perdre une bataille où il soit demeuré sur la place quelque neuf à dix mille hommes des leurs, il en compte jusqu’à trente mille, ni plus ni moins. (La Bruy.)

— Au lieu de à on peut aussi, dans ce cas, se servir de la conjonction ou. Douze jours après, nous arrivâmes à Erzeron, où nous séjournerons trois ou quatre mois. (Montesq.) Les plus hautes montagnes ne sont non plus capables d’altérer la figure de la terre, que quelques grains de sable ou de gravier sur une boule de deux ou trois pieds de diamètre. (J. J. Rouss.)

— Au lieu de à, on emploie ou, quand la substantif qui suit les nombres représente une chose qui n’est pas susceptible d’être divisée par fractions. Trois ou quatre personnes, quatre ou cinq vaisseaux, six ou sept maisons, neuf ou dix volumes. En effet, on ne aurait diviser une personne, un vaisseau une maison, comme on divise une heure, une année, une lieue, etc. etc. Nous sommes si vains, que l’estime de cinq ou six personnes qui nous environnent nous amuse et nous contente. (Pascal.) Il y avait dans la maison du paysan où je logeais cinq ou six femmes et autant d’enfants qui s’y étaient réfugiés. (B. de St-P.) Je suis étonné de voir jusques à sept ou huit personnes se rassembler sous un même toit. (La Bruyère.) Les deux jeunes bergères assises voyaient à dix pas d’elles cinq ou six chèvres. (La Font.) Le tigresse produit comme la lionne, quatre ou cinq petits. (Buff.) Tel est du moins l’usage le plus général. L’Académie proscrit formellement l’emploi de à dans ces sortes de phrases quoique dans toutes les éditions précédentes de son dictionnaire elle ait été d’un sentiment contraire. Peut-être a-t-elle trop légèrement en ceci cédé à la critique. Il y a certainement une grande différence entre ces deux expressions : j’irai chez vous de sept à huit heures, et il y avait sept à huit femmes dans cette assemblée. La première indique un espace divisible entre sept et huit heures ; la seconde indique un nombre approximatif montant à sept, ou tout au plus à huit personnes. A la vérité, il n’y a point de fraction entre sept ou huit femmes, mais il ne s’agit pas ici d’un nombre entre sept et huit, mais d’une estimation de sept à huit femmes. Celui qui dit : il y avait dans cette assemblée sept à huit femmes, n’est pas certain qu’il y avait sept femmes, mais il assure que le nombre qui s’y trouvait montait peut-être à sept on tout au plus à huit. Le nombre huit est le seul certain et déterminé ; au lieu que dans, j’irai vous voir de sept à huit heures, les deux époques sont déterminées et admettent un intervalle. Il y avait dans cette assemblée sept ou huit femmes, n’exprime pas précisément l’estimation faite du nombre et le terme le plus élevé porté à huit. Cette façon de parler n’affirme rien. C’est comme si l’on disait peut-être y en avait-il sept, peut-être y en avait-il huit, voilà mon estimation, je n’assure pas plus l’un que l’autre. Si l’on veut bien réfléchir sur ces deux phrases, on conviendra que ce sont bien là les nuances qui les distinguent, et que par conséquent on peut employer l’une ou l’autre, suivant les vues de l’esprit. Nous ne serions pas embarrassé de citer de nombreux exemples à l’appui ; nous nous bornerons aux suivants. Cela est admirable : on ne veut pas que j’honore un homme vêtu de brocatelle et suivi de sept à huit laquais. (Pascal.) Il y a dans cette tragédie trois à quatre


actions, trois à quatre espèces d’intrigues mal réunies. (Volt.)

— C’est à vous à, c’est à vous de. La plupart des lexicographes et des grammairiens ont imaginé des cas où l’on doit se servir, tantôt de la première de ces expressions, tantôt de la seconde mais ce qu’ils ont dit à cet égard témoigne plutôt de la chaleur de leur zèle que de la solidité de leurs raisons. Voy. être.

— A se joint encore à d’autres verbes dont il modifie la signification, tels que prétendre à, toucher à, suppléer à, s’occuper à, contraindre à, commencer à, forcer à, demander à, s’empresser à, etc. mais comme nous traiterons de cet emploi à ces différents verbes nous y renvoyons le lecteur.

— A et en avec les noms de lieux. = Devant les noms de villes, bourgs, villages, hameaux, c’est toujours la préposition à qu’on emploie. On dit Aller à Montmorency, à Romainville, à St-Cloud, à Versailles, à Manter, à Rouen, à Bordeaux, à Orléans, à Lyon, à La Rochelle, à Marseille, à Toulon, à Alger, à Rome, à Naples, à Florence, à Madrid, à Londres, à St-Pétersbourg, etc. = Devant les noms de contrées, de pays, de royaumes, on emploie en, si les noms sont féminins. Aller en Asie, en Arabie, en Afrique, en Amérique, en Grèce, en Turquie, en Morée en Russie, en Laponie, en Espagne, en Sicile, en Italie, en Sardaigne, en Allemagne, en Prusse, en Pologne, en Suède, en Norwège, en Hollande, en Belgique, en Angleterre, en Irlande, en Ecosse, en France, etc. Il en est de même pour les noms de provinces. Aller en Normandie, en Picardie, en Alsace, en Auvergne, etc. = On se sert de au lorsque les noms de contrées, de royaumes, de provinces, sont masculins. Aller au Japon, au Groenland, au Mexique, au Pégo, au Canada, au Maine, au Perche, au Poitou, etc. On dit cependant : en Portugal, en Danemarck, etc. Voici du reste la règle donnée par les grammairiens pour les noms de contrées, de royaumes. On dit Aller en France, en Allemagne, en Amérique, en Asie, en Portugal, etc. On dit : Aller à la Chine, au Pérou, au Japon, etc. D’où vient cette différence ? Quand on n’a que des rapports très-bornés avec un pays, que l’on y arrive difficilement, et que l’on ne pénètre point dans l’intérieur des terres, ou du moins qu’on y pénètre rarement, on considère ce pays comme un point géographique auquel on aboutit : de là l’emploi de la préposition à. Mais quand on a des relations fréquentes avec un pays, qu’on pénètre facilement dans l’intérieur des terres, on l’envisage sous le rapport de son étendue : de là l’emploi de la préposition en. La Fontaine a donc eu tort de dire :

L’un des trois jouvenceaux
Se noya dès le port allant à l’Amérique.

(Le Vieillard et les trois Jeunes Hommes.)

Il devait dire en Amérique, parce que ce continent ne se présente pas à l’esprit comme un lieu étroit, un point géographique. D’ailleurs, malgré la fréquence des rapports, les premières phrases font loi. Après la découverte des Deux-Indes, on a fait le trajet par mer et l’on est arrivé à la Chine, au Brésil, au Mexique. Mais aujourd’hui on peut dire que les Anglais vont en Chine.

— A et dans. Souvent, dans les mêmes circonstances, on emploie la préposition à ou la préposition dans ; cela a lieu surtout en poésie, quand la mesure le rend nécessaire. C’est ainsi que les poètes disent : Entrer dans le cœur on au cœur des malheureux. Naître dans le sein ou au sein de la grandeur. Laisser dans les mains, ou aux mains de quelqu’un, etc. Eh ! qui peut pénétrer dans le cœur des humains ? (Saurin.) Tant d’espoir n’entre point aux cœurs des malheureux. (Gréb.) Et l’amertume naît dans le sein des plaisirs. (Longepierre.) Je plains le cœur superbe au sein de la grandeur. (Chénier.) Il trouve son devoir dans le sein des plaisirs. (La Chaussée.) Il meurt comblé de gloire au sein de l’infamie. (Chénier.) Livrés dans le fond de leurs palais à de vils esclaves. (Massill.) Il faut au fond des cœurs vous faire un héritage. (La Chaussée.) Mais il ne faut pas croire, avec les grammairiens et les lexicographes, que à et dans, bien qu’ils puissent se substituer l’un à l’autre dans certaines phrases, expriment le même rapport. Certainement on peut bien dire : Je partirai dans le mois de mai, ou au mois de mai ; mais la première phrase signifie : je partirai avant la fin ou dans le courant du mois, et par la seconde on fait entendre que ce sera dès le commencement. Ce sont là de ces nuances délicates qu’il ne faut pas perdre de vue.

— L’harmonie, le goût, l’élégance peuvent parfois exiger que la préposition à et son complément soient placés plutôt avant le verbe qu’après, et vice versa. A ce nom je devins furieux. (Th. Corn.) J’aime à vous voir frémir ce funeste nom. (Racine.) Au seul nom de Henri, les Français se rallient. (Voit.) Tous tremblaient au seul nom du roi de Suède. (Id.) Le crime à ses yeux paraît crime. (J. B. Rouss.) Cette obéissance paraît digne croit-il à sa suite indigne de paraître ? (Racine.) Que l’Orient vous voie arriver à sa suite. (Id.)

— Quelquefois à suivi d’un nom avec lequel il forme une expression adverbiale ou une phrase incidente, servant à marquer la simultanéité


de deux actions, se met plus souvent et plus élégamment au commencement de la phrase. A l’arrivée de la reine, la persécution se ralentit. (Boss.) A cette raison, les droits les plus sacrés s’évanouissent. (Mass.) A la lâcheté succède la crainte. (Id.) A ces paroles, Télémaque laisse relever Adraste. (Fén.) A la lueur des éclairs, nous aperçûmes d’autres vaisseaux. (Id.) A quelques-uns l’arrogance tient lieu de grandeur. (La Bruy.) A la fierté, au courage, à la force, le lion joint la noblesse, la clémence. (Buff.) A tous ces traits peut-on méconnaître l’amitié ? (Id.) Mais toutes ces inversions et autres semblables qui sont élégantes dans la prose, cessent de l’être dans la poésie, où elles deviennent presque nécessaires pour distinguer les vers de la prose.

— A doit, en général, se répéter devant chaque complément, que ce complément soit ou un substantif, ou un pronom, ou un verbe. La lecture sert à orner l’esprit, régler les mœurs, et à former le jugement. (Lav.) L’éloquence est un art très-sérieux, destiné à instruire, à réprimer les passions, à corriger les mœurs, à soutenir les lois, à diriger les délibérations publiques, à rendre les hommes bons et heureux. (Fén.) L’homme droit, toujours prêt à servir la patrie, à protéger le faible, à remplir les devoirs les plus dangereux, et à défendre, en toute rencontre juste et honnête, ce qui lui est cher, au prix de son sang, met dans ses démarches cette inébranlable fermeté pas sans le vrai courage. (J. J. Rouss.) On demandait à Galilée à quoi servait la géométrie ; à peser, à mesurer, et à compter, répondit-il : à peser les ignorants, à mesurer les sots, et à compter les uns et les autres. (D’Alemb.) Lorsque les mots sont à peu près synonymes, les écrivains suppriment quelquefois la préposition : C’est ordinairement à deux heures après minuit qu’ils commencent à hurler et crier. (Buff.) Mais quand le sens est comparatif, la préposition est indispensable. Ainsi il faut dire : il n’y a point de poète auquel je m’attache avec plus de plaisir qu’à Horace, et non pas qu’Horace ; néanmoins cette préposition ne se répète jamais quand elle est placée devant deux substantifs formant une seule et même expression, un titre de livre, de tragédie etc. On dira, par exemple : de tous les romans de l’antiquité, c’est à Théagène et Chariclée que je donne la préférence ; Crébillon doit sa renommée à Rhadamiste et Zénobie, car il ne s’agit pas des personnages qui ont porté ce nom, mais d’un roman et d’une tragédie désignés chacun au moyen de deux noms inséparables qui n’éveillent qu’une seule idée. Les poètes se permettent quelquefois de supprimer la préposition ; c’est une licence qu’on doit leur pardonner et dont la mesure du vers leur fait une loi.

— « Anciennement, disent quelques grammairiens, on mettait à devant toutes ces expressions : chaque fois, chaque jour, chaque heure, etc., et l’on disait : à chaque fois, à chaque jour, à chaque heure, etc. Aujourd’hui, l’usage vent que l’on supprime cette préposition. » Cette observation, comme tant d’autres que l’on trouve dans les grammaires, est entièrement denuée de fondement, et les faits prouvent que l’on peut encore dire aujourd’hui, selon le : chaque fois ou à chaque fois, chaque heure ou à chaque heure, etc. = A chaque fois, chaque fois qu’on lui en parle. (Acad.) Je ne me souviens plus du tout des vers du cartouche, et tu me les enverras à la première fois. (Mirah.) Un homme de bien, à chaque heure, à chaque moment, a toujours ses affaires faites. (Boss.) A chaque fois, il se tient prêt. (Id.) A chaque demande et à chaque coup il répondait sans se plaindre. (Id.) On inventait chaque jour de nouveaux plaisirs pour me rendre la vie plus délicieuse. (Fénél.) Ainsi florissait la nouvelle ville d’Idoménée sur ls rivage de la mer ; chaque jour, chaque heure, elle croissait avec plus de magnificence. (Id.) Est-ce là l’hérésie des jansénistes, de nier qu’à chaque fois qu’on fait un péché, il vient un remords troubler la conscience ? (Pascal.)

A se déguise souvent par la contraction qu’il subit en se joignant aux articles le et les, avec lesquels il forme des mots composés qui retiennent la double valeur, des éléments dont ils sont formés. Ces mots sont au, pour à le, et aux pour à les. Au sert pour le masculin singulier, et se place devant tous les mots commençant par une consonne. L’égalité est au cimetière, mais elle n’est que là. (Levis.) Aux sert au pluriel pour les deux genres, et se place devant tous les mots, quels qu’ils soient : Aux petits des oiseaux Dieu donne la pâture. (Racine.) Le lapin se soustrait aisément aux yeux de l’homme. (Rosset.) Nos pères ne connaissaient point la contraction. Ils écrivaient et disaient : Al temps d’Innocent III, pour au temps d’Innocent III ; l’apostoile manda al prodome, pour le pape manda au prud’homme. C’est, dit Dumarsais, le ton obscur de l’e muet, et le changement de l en au, comme mal, maux, cheval, chevaux, qui ont fait dire au au lieu de à le ou al. Ainsi, ces mots composés au, aux, équivalents à la préposition à et à l’article même. Mais la contraction est à présent une règle dans les cas dont nous avons parlé, et cette règle n’est sujette qu’à une seule exception : c’est celle que nécessite l’emploi de l’adjectif tout, car l’usage veut qu’on le place entre la préposition et l’article. On dit sans contraction : à tout le monde, à tous les hommes d’où il suit que ces con-


tractions ne sont pas des articles, mais simplement des mots composés de la préposition et de l’article.

— On dit pot à eau, pot à l’eau, pot d’eau ; pot à lait, pot au lait, pot de lait ; pot à au beurre, pot à confitures, pot aux confitures, pot de confitures ; pot à fleurs, pot aux fleurs, pot de fleurs ; magasin à poudre, magasin à la poudre, magasin de poudre ; bouteille à encre, bouteille à l’encre, bouteille d’encre ; bouteille à vinaigre, bouteille au vinaigre, bouteille de vinaigre ; bouteille à vin de Champagne, bouteille au vin de Champagne, bouteille de vin de Champagne ; panier à raisin, panier au raisin, panier de raisin ; boîte à poudre, boîte à la poudre, boîte de poudre ; boîte à tabac, à bonbons, à confitures, à onguents ; boîte au tabac, aux bonbons, aux confitures, aux onguents ; boite de tabac, de bonbons, de confitures, d’onguents, etc. mais ces locutions ne doivent pas être prises indifféremment l’une pour l’autre ; chacune d’elles a un sens propre et distinct. 1° La préposition à, entre deux noms, indique que le premier est spécialement destiné à un usage déterminé ; ainsi pot à lait veut dire pot spécialement destiné à contenir du lait. 2° En se servant de la préposition à, combinée avec l’article le, la, les, on indique non-seulement la spécialité de la destination et la détermination de l’usage, mais encore l’actualité, l’instantanéité de cet usage. Ainsi, pot au lait, veut dire à la fois pot destiné à contenir du lait, et en contenant au moment où l’on parle. 3° La préposition de, enchérissant sur les deux locutions qui précèdent, les renferme et les complète ; elle indique que l’objet dont on parle repond actuellement et pleinement à son usage, ainsi pot de lait veut dire : pot actuellement plein de lait. Cette triple distinction, aussi facile à saisir qu’elle est importante pour la correction du langage, s’applique à chacune des locutions que nous avons citées, et à toutes les locutions analogues. Nous ne sachons pas qu’elle se trouve suffisamment indiquée, encore moins franchement établie, dans aucun dictionnaire de la langue.

— Nous devons signaler quelques emplois vicieux de la préposition à. Dans certaines provinces, et principalement dans le département de la Charente-Inférieure, on dit : Je viendrai à bonne heure. Il s’est levé à bonne heure. Ces phrases sont incorrectes ; il faut dire : Je viendrai de bonne heure. Il s’est levé de bonne heure. Ne dites pas non plus comme l’Académie : A dix que nous étions, pas un ne refusa. L’Académie, qui a sans doute l’intention de faire adopter ce qu’il y a de mieux, aurait dû dire : Sur dix que nous étions, pas un ne refusa. On ne doit pas non plus supprimer à après certains verbes qui l’exigent, et dire, par exemple : Il ressemble son père. Elle ressemble sa mère. Il faut dire : Il ressemble à son père. Elle ressemble à sa mère. De même ne dites pas : Qui de cinq ôte deux, reste trois. Dites : Qui de cinq ôte deux, reste trois (Omiss. Des Dict.) La répétition de à préposition et de a verbe, employés tour à tour dans la même phrase est insupportable. Cette phrase de La Harpe n’est donc pas sous ce rapport exempte de reproche : C’est raisonner étrangement que de dire à un homme qu’il n’a dû sa célébrité qu’à sa méchanceté, et de l’inciter à renoncer à la seule chose qui l’a rendu célèbre. (Omission de presque tous les Dictionnaires.)

Droit civil. A comparaître d’aujourd’hui à huit jours, à huitaine. Le délai doit être franc, c’est-à-dire comporter le nombre de jours voulu, sans compter celui de la signification, ni celui de la comparution. Ainsi, sur une assignation donnée le 1er d’un mois pour comparaître à huitaine, le demandeur ne peut prendre défaut que le 10 de ce même mois. Cet empli de la préposition à a fait la matière d’un procès jugé au Grand-Conseil au mois de mars 1682. Le Grand-Conseil a décidé que la préposition à excluait du délai le jour où l’acte avait été passé. La raison en est que toutes les fois que la préposition à fixe un terme ou un délai, le jour du terme n’est pas compris dans le délai, parce que cette préposition, de sa nature, met une séparation entre le jour d’après lequel le délai doit commencer et le délai fixé ; d’où il suit que ce jour est exclu du délai.

— A entre aussi comme élément nécessaire dans la composition de certains mots auxquels il communique quelque chose de sa signification ; mais alors il perd l’accent qui le distingue. Aguerrir (rendre propre à la guerre) ; améliorer (faire tendre à un état meilleur) ; anéantir (réduire à néant) ; avocat, que l’on écrivait anciennement advocat (appelé à plaider une cause). Ainsi combinée, cette préposition entraîne souvent redoublement de la plupart des consonnes devant lesquelles elle vient se placer, comme dans les mots : accumuler, affamer, aggraver, allier, annuler, apposition, arranger, asujettissement, attenir, etc. Quelquefois même elle occasionne l’intercalation d’une lettre ou d’un son pour adoucir la trop brusque ou trop sourde rencontre de la lettre qui se combine avec elle, comme dans admettre, adjoindre, acquérir, abhorrer, abjuration, ablution, abnégation, abroge, abstraire, abusif, etc. ; ainsi l’a commande la loi suprême de l’harmonie dans les langues.

— A concourt également former un grand nombre de locutions prépositives ou adver-