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ANNEXE

marques en ce qui regarde les lobes des profils 3 et 4 de la même planche.

Les ressemblances ethniques, c’est-à-dire entre étrangers de même race et surtout de race exotique, sont aussi décevantes. C’est ainsi qu’aux yeux d’un Européen arrivant en Chine, tous les Chinois se ressemblent ; les dissemblances physionomiques ne lui deviennent perceptibles qu’après bien des mois d’accoutumance. Sans aller aussi loin en similitude, il est de fait que les Gitanos ou Bohémiens de nos pays présentent souvent entre eux une grande analogie morphologique (Pl. 60b, Fig. 1 et 2). C’est qu’à une communauté ethnique se joint alors généralement une parenté plus ou moins proche, connue ou ignorée des intéressés.

Les villages, en France, ne sont pas rares, où les habitants, tous parents et se ressemblant dans une certaine limite, portent le même nom patronymique et ne se distinguent entre eux que par leur surnom. Et pourtant nous n’avons pas jusqu’aujourd’hui observé un seul exemple, même entre frères, où cette ressemblance morphologique s’étendait jusqu’à l’oreille (sans parler des écarts encore plus probants du signalement anthropométrique).

Exception, en ce qui regarde l’oreille, doit être faite pour les frères jumeaux (Pl. 60b, Fig. 3 et 4). Malgré l’analogie de cet organe, la non-identité de ces deux sujets est nettement démontrée par une différence de 6 millimètres entre leur largeur de tête. S’il ne nous a pas encore été donné de rencontrer deux jumeaux qui, en outre de cette identité d’oreille, présentaient un signalement anthropométrique concordant, les différences métriques ont été souvent assez minimes, pour que nous devions admettre cette coïncidence comme possible. En pareil cas, l’identification devra donc reposer principalement sur le relevé des marques particulières.

Est-il besoin de faire remarquer que cette exception (que nous ne pouvions pas ne pas signaler) ne diminue pour ainsi dire pas, en pratique, la valeur récognitive de la photographie et du signalement anthropométrique. La possibilité de confondre un frère jumeau avec l’autre ne doit être prise en considération (à défaut de marques particulières les individualisant), que si les registres d’état civil relatent réellement la double naissance aux nom et date indiqués. Ce n’est pas là un moyen de défense banal, à la portée de tout le monde.


Fin.