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esprit la souveraine Sagesse qui a réglé le Cosmos. Quant à la matière, vous lui faites trop d’honneur en supposant qu’elle puisse jamais être autre chose que limitée et concrète ; à l’origine elle était une, et les éléments divers qu’elle contenait ne s’étaient point manifestés encore. Compressible ou dilatable à volonté, pouvant couvrir un espace dix fois plus grand que celui qu’elle occupe dans l’immensité, ou se réduire à la grosseur d’une coque de noix, telle est cette matière que quelques-uns veulent croire infinie…

— Par Héraclès ! voilà qui est fort ! dit Andranodore en riant de son rire vulgaire. Vous chargeriez-vous de compter les grains de sable qui composent la sphère terrestre ?

— Mieux que cela, fit Archimède. Je travaille depuis longtemps à un ouvrage qui aura pour titre l’Arénaire, et dans lequel, en combinant la numération des Indiens avec celle des Grecs, j’arrive à évaluer, non pas les grains de sable de notre sphère, mais ceux d’une sphère beaucoup plus vaste qui aurait pour centre supposé la terre et pour limite l’orbite du soleil.

Et, comme Gélon était le seul à ne pas sourire et que ses yeux de malade, pensifs et clairs, restaient fixés sur la bouche du grand Archimède, le savant reprit :

— Je vous dédierai ce livre, mon cher Gélon ;