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PAUL

pêle-mêle avec les eaux mugissantes les terres, les arbres et les rochers.

Toute la famille tremblante prioit Dieu dans la case de madame de la Tour, dont le toit craquoit horriblement par l’effort des vents. Quoique la porte et les contrevents en fussent bien fermés, tous les objets s’y distinguoient à travers les jointures de la charpente, tant les éclairs étoient vifs et fréquents. L’intrépide Paul, suivi de Domingue, alloit d’une case à l’autre malgré la fureur de la tempête, assurant ici une paroi avec un arc-boutant, et enfonçant là un pieu : il ne rentroit que pour consoler la famille par l’espoir prochain du retour du beau temps. En effet sur le soir la pluie cessa ; le vent alizé du sud-est reprit son cours ordinaire ; les nuages orageux furent jetés vers le nord-ouest, et le soleil couchant parut à l’horizon.

Le premier desir de Virginie fut de revoir le lieu de son repos. Paul s’approcha d’elle d’un air timide, et lui présenta son bras pour l’aider à marcher. Elle l’accepta en souriant, et ils sortirent ensemble de la case. L’air étoit frais et sonore. Des fumées blanches s’élevoient sur les croupes de la montagne sillonnée