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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 2, 1926.djvu/96

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

même, abominable effusion du cœur ! Le saint de Lumbres n’a plus de force que pour appeler ce repos effroyable ; la grâce divine met un voile devant ces yeux tout à l’heure pleins encore du mystère divin… Ce regard si clair hésite à présent, ne sait où se poser… Une étrange jeunesse, une avidité naïve, pareille à la première blessure des sens, échauffe le vieux sang, bat dans sa maigre poitrine… Il cherche à tâtons, il caresse la mort, à travers tant de voiles, d’une main qui défaille.

Jusqu’à cette minute solennelle, sa vie a-t-elle eu un sens ? Il l’ignore. Il ne voit derrière lui qu’un paysage aride, et ces foules, qu’il a traversées, en les bénissant. Mais quoi ! Le troupeau trotte encore sur ses talons, le poursuit, le presse, ne lui laisse aucun repos, insatiable, avec cette grande rumeur anxieuse, et ce piétinement de bêtes blessées… Non ! il ne tournera pas la tête, il ne veut pas. Ils l’ont poussé jusque-là, jusqu’au bord, et au delà… ô miracle ! il y a le silence, le vrai silence, l’incomparable silence, son repos.

— Mourir, dit-il à voix basse, mourir… Il épèle le mot, pour s’en pénétrer, pour le digérer dans son cœur… C’est vrai qu’il le sent mainte-