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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 2, 1926.djvu/77

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LA TENTATION DU DÉSESPOIR

qui lui ressemble, répliqua l’abbé Menou-Segrais.

Puis, se dressant péniblement hors de ses oreillers, les deux mains posées sur ses genoux, sans élever le ton :

— Je vous l’ordonne, mon enfant.

Au grand étonnement du doyen, son vicaire hésita longtemps, le regard dur. Puis avec un frisson douloureux :

— Il est vrai, je vous assure… Je n’ai fait aucun vœu, aucune promesse, à peine un souhait… peut-être… sans doute mal justifié, au moins selon la prudence humaine…

— Il empoisonne votre cœur, répliqua l’abbé Menou-Segrais.

Alors, secouant la tête et prenant parti :

— Voilà peut-être ce qui mérite vos reproches… La possession de tant d’âmes par le péché… m’a souvent transporté de haine contre l’ennemi… Pour leur salut, j’ai offert tout ce que j’avais ou posséderais jamais… ma vie d’abord — cela est si peu de chose !… — les consolations de l’Esprit-Saint…

Il hésita encore :

— Mon salut, si Dieu le veut ! fit-il à voix basse.