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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 2, 1926.djvu/66

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

impassible. À ces derniers mots, cette impassibilité se dissipa soudain, et ce fut comme un masque qui tombe.

— Faut-il donc croire !… s’écria-t-il. Sommes-nous vraiment si malheureux !

Il n’acheva pas la phrase commencée, il ne l’appuya d’aucun geste ; une détresse infinie, au delà sans doute d’aucun langage, s’exprima si douloureusement par cette protestation bégayante, la résignation désespérée de ses yeux pleins d’ombre, que M. Menou-Segrais lui ouvrit, presque involontairement, les bras. Il s’y jeta.

À présent, il était à genoux contre le haut fauteuil capitonné, sa rude tête aux cheveux courts naïvement jetée sur la poitrine de son ami… Mais d’un commun accord, leur étreinte fut brève. Le vicaire reprit simplement l’attitude d’un pénitent aux pieds de son confesseur. L’émotion du doyen se marqua seulement au léger tremblement de sa main droite dont il le bénit.

— Ces paroles vous scandalisent, mon enfant. Puissent-elles aussi vous armer ! Il n’est que trop sûr ; votre vocation n’est pas du cloître.