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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 2, 1926.djvu/64

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

dence, d’hésitation. Cependant j’ai vu clair, dès le premier jour. Certaines grâces vous sont prodiguées comme avec excès, sans mesure : c’est apparemment que vous êtes exceptionnellement tenté. L’Esprit-Saint est magnifique, mais ses libéralités ne sont jamais vaines : il les proportionne à nos besoins. Pour moi, ce signe ne peut tromper : le diable est entré dans votre vie.

L’abbé Donissan se tut encore.

— Ah ! mon petit enfant ! Les nigauds ferment les yeux sur ces choses ! Tel prêtre n’ose seulement prononcer le nom du diable. Que font-ils de la vie intérieure ? Le morne champ de bataille des instincts. De la morale ? Une hygiène des sens. La grâce n’est plus qu’un raisonnement juste qui sollicite l’intelligence, la tentation un appétit charnel qui tend à la suborner. À peine rendent-ils ainsi compte des épisodes les plus vulgaires du grand combat livré en nous. L’homme est censé ne rechercher que l’agréable et l’utile, la conscience guidant son choix. Bon pour l’homme abstrait des livres, cet homme moyen rencontré nulle part ! De tels enfantillages n’expliquent rien. Dans un pareil univers d’animaux sensibles et raisonneurs il n’y a plus rien pour le saint, ou il