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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

sailles, et ressemble ainsi plutôt à un ravin, ou un trou d’eau. C’est une tache d’ombre dans l’ombre. Le vicaire de Campagne y plonge involontairement son regard. Le vent fait entre les ronces un bruit de soie fripée, avec des silences soudains. De la terre détrempée, parfois une pierre s’échappe et roule. Et subitement, dans ce murmure… un bruit, reconnaissable entre tous les autres, dans ce solitaire matin — le frémissement d’un corps vivant, qui se met debout, s’approche…

— Hé là ! dit une voix de femme, très jeune, mais assourdie, un peu tremblante. Ah ! je vous entends déjà depuis un moment. Êtes-vous donc revenu, enfin ?

— Qui êtes-vous donc vous-même ? demanda doucement l’abbé Donissan.

Debout, au bord du talus, sa haute silhouette à peine visible sur le fond plus pâle et mouvant du ciel, il suivait d’un regard triste et comme intérieur la petite ombre au-dessous de lui, entre les murailles d’argile. De cette ombre mystérieuse, à quelques pas, et se rapprochant sans cesse, il ne connaissait rien, bien qu’il sût déjà d’une certitude calme, absolue, pleine de silence, que cela qui montait et clapotait douce-