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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 2, 1926.djvu/53

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LA TENTATION DU DÉSESPOIR

Si peu soucieux qu’il fût à l’ordinaire de l’opinion d’autrui, il craignait le ridicule d’une crainte nerveuse, qui était comme l’élément féminin d’une nature pourtant assez mâle. Et de quelle moquerie ne serait-il pas l’objet, par un détour, dans la personne de son vicaire, déjà assez brocardé ! Toutefois, rencontrant le regard de l’abbé Donissan, d’une magnifique loyauté, il rougit de sa faiblesse et continua paisiblement :

— Ce qui est fait est fait. J’écrirai ce soir au chanoine, pour nous excuser. À présent, dites-moi…

Pitoyable, il montrait une chaise de sa main tendue. À sa grande surprise son vicaire resta debout.

— Dites-moi, répéta-t-il sur un ton bien différent de sollicitude et d’autorité, comment vous vous êtes perdu dans un pays qui n’est tout de même pas un désert sauvage ?

La tête de l’abbé Donissan restait penchée sur son épaule, et son attitude exprimait un humble respect. Pourtant sa réponse tomba de haut :

— Dois-je vous dire ce que je crois être la vérité ?