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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 2, 1926.djvu/52

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

tinct dans la chambre obscure (les rideaux étaient encore à demi tirés). Ce qu’il en vit démentait suffisamment le calme affecté de la voix. D’ailleurs il n’exprima son étonnement que par un battement des paupières, sur son regard aigu.

— Quelle surprise ! commença-t-il avec beaucoup de douceur. Comment êtes-vous déjà de retour ?

Il se gardait bien de montrer un siège, sachant par expérience que, debout devant lui, les bras ballants, la gaucherie du pauvre prêtre doublait sa timidité naturelle, le tenait mieux à sa merci.

— J’ai été ridicule, comme toujours, répondit l’abbé Donissan… Enfin, je me suis perdu…

— De sorte que vous êtes arrivé trop tard à Étaples, les confessions terminées ?

— Je n’ai pas encore tout dit, avoua le vicaire piteusement.

— Par exemple ! s’écria l’abbé Menou-Segrais, en frappant violemment l’accoudoir de son fauteuil, avec une vivacité bien différente de ses manières habituelles. Et que vont dire ces messieurs, je vous le demande ? Arriver en retard, soit. Mais ne pas arriver du tout !