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LA TENTATION DU DÉSESPOIR

coup… Oh ! oh ! voilà que déjà son cœur bat et sonne, tandis que la sueur ruisselle entre ses épaules. La houle d’angoisse l’agite, l’affreuse caresse glacée la saisit durement à la gorge. Le hurlement qu’elle pousse s’entend jusqu’à l’extrémité de la place, et le mur même en a frémi.

Elle se retrouve couchée à plat ventre au pied de son lit. L’édredon a glissé par-dessous et elle y a enfoncé ses crocs, en sorte que sa bouche est pleine de duvet. Rien ne trouble plus le silence, et elle s’avise tout à coup qu’elle n’a crié qu’en songe. À présent, de toutes les forces qui lui restent, elle repousse, elle refoule un nouveau cri. Car, en un éclair, elle s’est vue reconduite à l’hospice, la porte refermée sur elle, cette fois décidément folle — folle à ses propres yeux — de son aveu même… D’abord elle gémit à petits coups, puis se tut.

Parfois, lorsque l’âme même fléchit dans son enveloppe de chair, le plus vil souhaite le miracle et, s’il ne sait prier, d’instinct au moins, comme une bouche à l’air respirable, s’ouvre à Dieu. Mais c’est en vain que la misérable fille userait, à résoudre l’énigme qu’elle se propose, ce qui lui reste de vie. Comment s’élèverait-elle