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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 2, 1926.djvu/38

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

— Cousin Georges m’a reconduite en voiture jusqu’au hameau de Viel. Il allait au marché de Viel-Aubin.

— À ct’heure ?

— Il est parti très tôt, parce qu’il embarquait des porcs. Il fallait profiter de l’occasion, ou revenir à pied.

— T’as pas dîné, répondit la vieille. Je vas te faire un peu de café.

— Justement parce que je n’ai pas dormi, je me couche, fit Mouchette. Laisse-moi.

— Ouvre donc, répéta Mme Malorthy.

— Non ! cria farouchement Mouchette.

Mais, se reprenant aussitôt, de sa petite voix sèche et dure, qui faisait trembler sa mère :

— Je n’ai besoin que de dormir. Bonsoir.

Et quand elle entendit décroître, au tournant de l’escalier, le bruit des sabots, ses genoux fléchirent : elle s’accroupit dans le coin sombre, sans parole, sans regard.

Le péril présent n’engendre que la crainte, qui frappe de stupeur le lâche. Elle endort avant que de tuer. La terreur s’éveille plus tard, lorsque la conscience engourdie prend peu à peu connaissance et possession de son hôte sinistre. Le jugement touche le condamné comme la