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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 2, 1926.djvu/37

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LA TENTATION DU DÉSESPOIR

lui permit d’atteindre, sans être vue, son jardin. Elle ne pensait clairement à rien, ne désirait rien que se trouver seule, derrière une porte bien close, à l’abri, seule. Le dehors, l’horizon familier, le ciel même appartenaient à son ennemi. Sa frayeur ou, pour mieux dire, son désordre était tel que, si l’occasion s’en fût seulement présentée, elle eût appelé à l’aide n’importe qui, son père même.

Mais l’occasion ne se présenta pas. La cuisine était vide. Elle grimpa l’escalier quatre à quatre, poussa le verrou, se jeta en travers de son lit, puis se redressa aussitôt comme mordue, se jeta vers la fenêtre, ouvrit les rideaux et, découvrant son regard dans la glace, fit en arrière un bond de bête surprise.

— Est-ce toi, Germaine ? demandait à travers la cloison Mme Malorthy.

La glace connut seule ce nouveau regard de Mouchette, la grimace frénétique de ses lèvres. Elle répondit d’une voix basse et calme :

— C’est moi, maman.

Et, avant que la vieille femme eût placé encore un mot, elle trouva sans hésiter, sans y penser même, le seul mensonge qui ne fût pas tout à fait invraisemblable :