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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 2, 1926.djvu/32

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

perception ne font qu’un. Ces noms, que prononçait l’un après l’autre la voix redevenue souveraine, elle les reconnaissait au passage, mais pas tous. C’étaient ceux des Malorthy, des Brissaut, des Paully, des Pichon, aïeux et aïeules, négociants sans reproche, bonnes ménagères, aimant leur bien, jamais décédés intestats, honneur des Chambres de commerce et des études de notaires. (Ta tante Suzanne, ton oncle Henri, tes grand’mères Adèle et Malvina ou Cécile…) Mais ce que la voix racontait, d’un accent tout uni, peu d’oreilles l’entendirent jamais — l’histoire saisie du dedans — la plus cachée, la mieux défendue, et non point telle quelle, dans l’enchevêtrement des effets et des causes, des actes et des intentions, mais rapportée à quelques faits principaux, aux fautes mères. Et certes l’intelligence de Mouchette, à elle seule, n’eût saisi que peu de choses d’un tel récit, dont l’effrayante ellipse eût déçu de plus lucides. Où la voix trouvait son écho, n’était-ce pas dans sa chair même, que chacune de ces fautes avait marquée, affaiblie à l’instant même qu’elle fût conçue ? À voir peu à peu ces morts et ces mortes sortir tout nus de leur linceul, elle ne sentait même rien qu’on pût