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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

ses yeux la même lueur de lucidité surhumaine, cette fois dépouillée de toute pitié. Le don périlleux, il l’avait donc conquis de nouveau, par force, dans un élan désespéré, capable de faire violence, même au ciel. La grâce de Dieu s’était faite visible à ses yeux mortels : ils ne découvraient plus maintenant que l’ennemi, vautré dans sa proie. Et déjà aussi la pâle figure de Mouchette, comme rétrécie par l’angoisse, chavirait dans le même rêve, dont leur double regard échangeait le reflet hideux.

— Ta vie répète d’autres vies, toutes pareilles, vécues à plat, juste au niveau des mangeoires où votre bétail mange son grain. Oui ! chacun de tes actes est le signe d’un de ceux-là dont tu sors, lâches, avares, luxurieux et menteurs. Je les vois. Dieu m’accorde de les voir. C’est vrai que je t’ai vue en eux, et eux en toi. Oh ! que notre place est ici-bas dangereuse et petite ! que notre chemin est étroit !

Et il commença de tenir des propos plus singuliers encore, mais en baissant la voix, avec une grande simplicité.

Comment les rapporterait-on ici ? C’était encore l’histoire de Mouchette, merveilleuse-