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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 2, 1926.djvu/27

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LA TENTATION DU DÉSESPOIR

Il semblait ne pas l’entendre. Elle redoubla :

— Ne me refusez pas… Vous ne pouvez refuser de répondre… Pour l’apprendre, je me soumettrai à ce que vous jugerez bon de m’ordonner.

Jamais la voix de l’étrange fille ne s’était faite si humble, si suppliante.

Il ne répondit pas encore.

Elle recula de quelques pas, le dévisagea longuement, ardemment, les sourcils froncés, le front bas, et soudain :

— J’ai tout avoué ! dit-elle. Vous savez tout !

Mais, se reprenant aussitôt :

— Et quand cela serait ? Je ne crains rien. Que m’importe ?… Mais dites-moi… Ah ! dites-moi, qu’avez-vous fait ? Ai-je vraiment parlé en songe ?

Dans son extrême épuisement, sa curiosité indomptable la jetait déjà vers une nouvelle aventure. Le sang montait à ses joues. Ses yeux retrouvaient leur flamme sombre. Et lui, il la contemplait avec pitié, ou peut-être avec mépris.

Car, à sa grande surprise, la vision s’était effacée, anéantie. Le souvenir en était trop