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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

Et déjà, elle serrait avec impatience ses petits poings.

Il la vit, telle qu’il l’avait entrevue dans l’ombre, une heure plus tôt, avec ce visage d’enfant vieillie, contracté, méconnaissable. L’inutilité de son grand effort, la vaine dispersion des grâces sublimes qui venaient d’être prodiguées, là, à cette place, l’inexorable prévision lui serra le cœur.

— Dieu ! s’écriait-elle, avec un rire dur…

L’aube livide s’élevait à mesure autour d’eux et ils n’en voyaient que le reflet pathétique sur leurs visages. À leur droite le hameau, à peine émergé de la brume, au creux des collines, faisait un paysage de désolation. Dans l’immense plaine, à l’infini, seul, vivait un mince filet de fumée, au-dessus d’un toit invisible.

Alors, le rire de Mouchette se tut. La flamme instable de son regard s’éteignit. Et soudain, lamentable, exténuée, obstinée, elle implora de nouveau :

— Je ne voulais pas vous offenser… N’est-ce pas que vous m’avez menti tout à l’heure ? Je n’ai rien dit. Que vous aurais-je dit ? Il me semble que je dormais. Ai-je dormi ?