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LA TENTATION DU DÉSESPOIR

— J’ai parlé ! s’écria-t-elle. J’ai parlé !

Dans le gris de l’aube, elle reconnut le visage du vicaire de Campagne. Il exprimait une lassitude infinie. Et ses yeux, où la flamme s’était à présent effacée, semblaient comme rassasiés de la vision mystérieuse.

Elle se sentait si faible, si désarmée qu’elle n’aurait pu faire alors un pas, semblait-il, ni pour le joindre, ni pour l’éviter. Elle hésita.

— Cela est-il possible ? dit-elle encore… De quel droit ?…

— Je n’ai aucun droit sur vous, répondit-il avec douceur. Si Dieu…

— Dieu ! commença-t-elle… Mais il lui fut impossible d’achever. L’esprit de révolte était en elle comme engourdi.

— Comme vous vous débattez dans Sa main, fit-il tristement. Lui échapperez-vous de nouveau ? Je ne sais…

D’une voix très humble, après un nouveau silence, il ajouta :

Épargnez-moi, ma fille !

Sa pâleur était effrayante. La main qu’il levait vers elle retomba gauchement, et son regard se détourna.