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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 2, 1926.djvu/243

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LE SAINT DE LUMBRES

cesse l’un de vos ouvriers jette son outil et s’en va. Mais, votre pitié, elle, ne se lasse point, et partout vous nous présentez la pointe du glaive ; le fuyard reprendra sa tâche, ou périra dans la solitude… Ah ! l’ennemi qui sait tant de choses ne saura pas celle-là ! Le plus vil des hommes emporte avec lui son secret, celui de la souffrance efficace, purificatrice… Car ta douleur est stérile, Satan !… Et pour moi, me voici où tu m’as mené, prêt à recevoir ton dernier coup… Je ne suis qu’un pauvre prêtre assez simple, dont ta malice s’est jouée un moment, et que tu vas rouler comme une pierre… Qui peut lutter de ruse avec toi ? Depuis quand as-tu pris le visage et la voix de mon Maître ? Quel jour ai-je cédé pour la première fois ? Quel jour ai-je reçu avec une complaisance insensée le seul présent que tu puisses faire, trompeuse image de la déréliction des saints, ton désespoir, ineffable à un cœur d’homme ? Tu souffrais, tu priais avec moi, ô l’affreuse pensée ! Ce miracle même… Qu’importe ! Qu’importe ! Dépouille-moi ! Ne me laisse rien ! Après moi un autre, et puis un autre encore, d’âge en âge, élevant le même cri, tenant embrassée la Croix… Nous ne sommes point ces saints vermeils à barbe blonde