Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 2, 1926.djvu/239

Cette page a été validée par deux contributeurs.
247
LE SAINT DE LUMBRES

discipline ; le lieu même où il se manifeste aux âmes ? L’auteur du Cierge Pascal est seul et d’ailleurs il s’inquiète peu d’être vu. À soixante-dix ans, sa première impulsion est toujours nette, franche, irrésistible, dangereux privilège des écrivains d’imagination… Sa main tâtonne, trouve une poignée, ouvre d’un coup. L’hésitation a suivi le geste, au lieu de le devancer ; la réflexion vient trop tard. Un remords indéfinissable, le regret d’avoir agi si vite, au hasard ; la crainte, ou la honte, de surprendre un secret mal défendu, lui fait un instant baisser les yeux ; mais déjà le reflet de la lampe sur les dalles a trouvé l’ouverture béante, s’y glisse, monte lentement… Son regard monte avec lui…

…S’arrête… À quoi bon ? On ne recouvre plus ce que la lumière découvre une fois, pour toujours.

…Deux gros souliers, pareils à ceux trouvés là-haut ; le pli d’une soutane bizarrement troussée… une longue jambe maigre dans un bas de laine toute roide, un talon posé sur le seuil, voilà ce qu’il a vu d’abord. Puis… petit à petit… dans l’ombre plus dense… une blancheur vague, et tout à coup la face terrible, foudroyée.