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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 2, 1926.djvu/230

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

verts. L’auteur du Cierge Pascal déplore tant de laideur inutile, et qu’un prophète villageois rende ses oracles au fond d’une boîte de sapin ; mais il considère toutefois avec curiosité le grillage de bois derrière lequel il imagine le calme visage du vieux prêtre, souriant, attentif, les yeux clos, la main levée pour bénir. Qu’il l’aime mieux ainsi que tout sanglant, là-haut, face à la muraille nue, le fouet à la main, dans son cruel délire ! « Les plus doux rêveurs, pense-t-il, ont sans doute besoin de ces secousses un peu vives qui raniment dans leur cerveau les images défaillantes. Ce que d’autres demandent à la morphine ou à l’opium, celui-ci l’obtient des morsures d’une lanière sur son dos et ses flancs. »

Au bout du fil de fer, la lampe de cuivre oscille doucement, passe et repasse. À chaque retour l’ombre se déploie jusqu’aux voûtes, puis, chassée de nouveau, s’embusque au noir des piliers, s’y replie, pour se déployer encore, « Ainsi passons-nous du froid au chaud, rêve Saint-Marin, tantôt bouillants d’ardeur, effervescents, tantôt froids et las, selon des lois méconnues, et sans doute inconnaissables. Jadis, notre scepticisme était encore un défi.