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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 2, 1926.djvu/209

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LE SAINT DE LUMBRES

le néant que vos ridicules Champs Élysées !

— Champs Élysées… Champs Élysées, ronchonne le bonhomme abasourdi… Loin de moi la pensée de défigurer l’enseignement… Je voulais seulement mettre à votre portée… parlant votre langage…

— Ma portée… mon langage ! répète l’auteur du Cierge Pascal, avec un sourire empoisonné. Il s’arrête un moment, reprend haleine. La lampe, qui tremble dans les mains du curé de Luzarnes, éclaire en plein son visage blême. La bouche mauvaise s’abaisse aux coins, comme pour un haut-le-cœur. Et c’est son cœur, en effet, son vrai cœur, que le vieux comédien va jeter, va cracher une fois pour toutes, aux pieds de ce prêtre stupide.

— Je sais ce que m’offrent les plus éclairés de vos pareils, l’abbé : l’immortalité du sage, entre Mentor et Télémaque, sous un bon Dieu raisonneur. J’aime autant celui de Bérenger en uniforme de garde national ! L’antiquité de M. Renan, la prière sur l’Acropole, la Grèce de collège, des blagues ! Je suis né à Paris, l’abbé, dans une arrière-boutique du Marais, d’un papa beauceron et d’une mère tourangelle. J’ai répondu la messe comme un autre. Si j’avais