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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 2, 1926.djvu/204

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

M. le curé de Luzarnes, détournant la lampe, dit aussitôt, avec un naturel parfait :

— Mon vénérable ami, messieurs, se maltraite et compromet gravement sa santé ! Dieu me garde de blâmer son zèle ! Mais je dois dire que ces violences contre soi-même, non pas prescrites, seulement tolérées, furent néanmoins regardées par plusieurs comme un dangereux moyen de sanctification, et trop souvent le scandale des faibles ou la risée des impies.

L’ancien professeur appuya ce dernier mot d’un geste familier, le pouce et l’index joints, le petit doigt levé, du ton d’un homme qui précise un point contesté. L’embarras du docteur, le silence de l’autre, lui parurent une preuve assez flatteuse de leur bienveillante attention. Il le marqua d’un sourire, puis partit content, car le prêtre médiocre est, entre tous, impénétrable.

— Que ce grand homme est donc nerveux ! se disait Gambillet, marchant sur les talons de Saint-Marin, et regardant curieusement la longue main d’ivoire crispée sur la canne, dont elle frappait parfois le sol à petits coups. Depuis quelques instants l’auteur du Cierge Pascal faisait, en effet, pour cacher son trouble et se surmonter, un effort presque héroïque. Sans doute.