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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 2, 1926.djvu/183

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LE SAINT DE LUMBRES

de marbre, passèrent à le toucher, laissant tomber sur lui un regard de leurs yeux graves. Puis le sacristain paysan souffla les dernières lampes. Enfin le curé de Luzarnes reparut.

— Chose bien surprenante, fit-il. Mon confrère a dû quitter l’église ; nous ne l’y trouvons plus. Les confessions d’ailleurs, à ce qu’on m’a dit, sont terminées depuis quarante minutes au moins… Il faut se rendre à l’évidence, monsieur Gambillet… Par la porte du cimetière, sans doute, il a dû regagner la maison… Faites ce dernier petit effort, ajouta-t-il de ce ton familier auquel on ne refuse rien.

— Qu’est-ce que cela me fait ? répondit obligeamment le docteur de Chavranches. Mon auto me prend ici vers dix-neuf heures ; j’ai le temps… Mais pour un moribond, l’abbé, votre ami est bien ingambe…

Il acheva d’exprimer sa pensée par un sifflement distrait. Car, attendant sans impatience, avec une mâle fermeté, le moment de passer à son tour au premier plan, il eût jugé peu digne d’en paraître ému. Mais ce fut en vain qu’ils interrogèrent la vieille Marthe, dans le parloir aux deux bécassines ; elle n’avait pas revu son maître, et ne l’attendait pas si tôt.