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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 2, 1926.djvu/181

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LE SAINT DE LUMBRES

séjour dans un presbytère vermoulu, l’église humide, le confessionnal sans lumière et sans air, une hygiène du xiiie siècle, ma parole !… Angor pectoris à part, il n’en faut pas plus pour achever un organisme déjà surmené !… Mais qu’est-ce que vous voulez bien que j’y fasse ?

— J’ai mon ministère, vous avez le vôtre, répondit le curé de Luzarnes, noblement. Notre raison d’être, c’est la pitié pour les faibles, l’humanité. Que mon pauvre collègue soit ceci ou cela, que vous importe ? Et, si vous dites vrai, ce ne serait encore qu’un de ces cas de déformation professionnelle, qui méritent l’attention de l’observateur, et les soins du praticien…

— Bon ! Bon ! j’irai… concéda-t-il. Et d’ailleurs, il y a du plaisir à discuter avec un prêtre comme vous, ajouta le docteur de Chavranches.

C’est ainsi qu’ils décidèrent de faire ensemble — et dans un sentiment peu différent — le pèlerinage de Lumbres. À l’entrée du village une pluie fine se mit à tomber ; la route blanche, sous leurs pas, se teignit d’ocre ; un brouillard au goût de lierre flottait au-dessus. On les vit hâter le pas. L’herbe du cimetière ruisselait d’eau ; la grille, sans cesse ouverte et refermée,