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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 2, 1926.djvu/176

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

lui jusqu’à la fin cette puissance qu’il a bravée… Plût à Dieu qu’il reconnût au moins, face à face, son ennemi ! Mais ce n’est pas cette voix qu’il entendra, ce dernier défi… Voici qu’à travers la douleur aiguë la conscience lui revient, par degrés, qu’il écoute… Il écoute un murmure bientôt plus distinct… monotone… inexorable. Il le reconnaît… Ce sont eux. Un par un, hommes et femmes, les voilà tous, dont il sent le souffle monter vers lui, moins détestable que leur parole impure, mornes litanies du péché, mots souillés depuis des siècles, ignoblement ternis par l’usage, passant de la bouche des pères dans celle des fils, pareils aux pages les plus lues d’un mauvais livre, et que le vice a marquées de son signe — contresignées — dans la crasse de milliers de doigts. Elle monte, cette parole ; elle recouvre peu à peu le saint de Lumbres encore debout. Comme ils se hâtent ! Comme ils vont vite !… Mais, sitôt le souffle revenu, vous les verrez — ah ! vous les verrez ces affreux enfants ! — chercher, tâter des lèvres la hideuse mamelle que Satan presse pour eux, gonflée du poison chéri !… Jusqu’à la mort, lève la main, pardonne, absous, homme de la Croix, vaincu d’avance !