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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 2, 1926.djvu/175

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LE SAINT DE LUMBRES

étrange, comparable au piétinement d’un troupeau dans l’orage et la pluie. Soudain, ce bruit même cessa ; tout se tut. La porte de la sacristie grinçait dans un silence solennel. Le curé de Lumbres parut.

— Dieu, qu’il est pâle ! dit une voix de femme, au loin, dans la nef.

Ce cri, entendu nettement, rompit le charme. Le troupeau retrouva son maître et respira.

Déjà le vieux prêtre gagnait son confessionnal, lentement, la tête un peu penchée sur l’épaule droite, la main toujours pressée sur son cœur. Au premier pas, il crut tomber. Mais un remous de la foule l’avait déjà porté au but ; elle se refermait sur lui. Encore un coup, il était leur proie.

Il ne leur échappera plus. Il reste debout, dans l’épaisse nuit, sa haute taille pliée en deux, la nuque au plafond de chêne, cherchant son haleine. Il abandonne à la souffrance un corps inerte, humilié, sa dépouille. Sa stupide patience lasserait le bourreau.

Mais qui pourra lasser jamais celui-là qui l’observe, invisible, et se satisfait de son agonie ? Il faut que le misérable vieillard, un moment rebelle, presque vainqueur, sente sur