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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 2, 1926.djvu/174

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

trouva la porte close, mais, n’entendant rien, s’en fut. « Je n’osai pas frapper trop fort, ni appeler, dit-il ensuite, car l’église était déjà pleine de monde, et j’avais bien peur qu’on ne m’interrogeât. »

C’était l’heure en effet où la foule des pèlerins que la diligence automobile de Plessis-Baugrenan amène chaque jour à Lumbres se pressait au confessionnal du saint, dans la chapelle des Anges. Foule singulière, où l’on vit coude à coude tant de personnages tragiques ou comiques, tant de marionnettes illustres que la chaleur d’une grande âme élevait un moment au-dessus du banal mensonge, restituait au règne humain ! Ce soir-là, plus nombreuse encore, énervée par l’attente ou peut-être agitée d’un pressentiment obscur, dans la vieille église en rumeur… À chaque battement de la grand’porte, les visages inquiets — ces visages tendus que les familiers du pèlerinage n’oublieront jamais — se tournaient vers le seuil un instant lumineux, puis rentraient dans l’ombre tous ensemble. Les chuchotements discrets, les toux nerveuses qu’on étouffe de la main, mille petits gestes divers d’impatience ou de curiosité, finissaient par se confondre en un seul bruit