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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 2, 1926.djvu/158

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

nouveau. Il tente ce mort, comme tout à l’heure sans le savoir il tentera Dieu.

Encore un coup, il essaie de prier, remue les lèvres, décontracte sa gorge serrée. Non ! encore une minute, une petite minute encore… La crainte folle, insensée, qu’une parole imprudente écarte à jamais une présence invisible, devinée, désirée, redoutée, le cloue sur place, muet. La main, qui ébauchait en l’air le signe de la croix, retombe. La large manche, au pas sage, fait vaciller la flamme du cierge, et la souffle. Trop tard ! Il a vu, deux fois, les yeux s’ouvrir et se fermer pour un appel silencieux. Il étouffe un cri. La chambre obscure est déjà plus paisible qu’avant. La lumière du dehors glisse à travers les volets, flotte alentour, dessine chaque objet sur un fond de cendre, et le lit au milieu d’un halo bleuâtre. Dans la cuisine, l’horloge sonne dix coups… Le rire d’une fille monte dans le clair matin, vibre longtemps… « Allons ! Allons !… » dit le saint de Lumbres, d’une voix mal assurée.

Il se fouille avec un empressement comique, cherche le briquet d’amadou, cadeau de M. le comte de Salpène (mais qu’il oublie toujours sur sa table), découvre une allumette, la rate.