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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 2, 1926.djvu/152

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

Ah ! le naufragé qui, dans la brume du matin, ne retrouve plus la voile vermeille ; l’artiste qui, sa veine épuisée, meurt vivant ; la mère qui voit dans les yeux de son fils à l’agonie le regard glisser hors de sa présence, n’élèvent pas au ciel un cri plus dur

Sous un tel coup cependant, l’héroïque vieillard n’a pas plié les genoux. Il ne prie plus. Il mesure froidement la profondeur de sa chute ; il repasse une dernière fois la tactique supérieure de l’ennemi qui l’a vaincu. — J’ai haï le péché, se dit-il, puis la vie même, et ce que je sentais d’ineffable, dans les délices de l’oraison, c’était peut-être ce désespoir qui me fondait dans le cœur.

Une à une, les images épuisent sur nous leur dessin, puis, en plein désordre de la conscience, la raison vient qui nous achève. Autant que l’instinct même, la haute faculté dont nous sommes fiers a sa panique. Le curé de Lumbres ; l’éprouve ; il consomme la pensée qui le tue. Quoi donc ! au moment même où je me croyais… Quoi ! jusque dans l’ivresse de l’amour divin !…

— Dieu s’est-il joué de moi ? s’écrie-t-il.

Dans la dissipation d’un rêve qui nous parut toujours la réalité même, et auquel notre des-