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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 2, 1926.djvu/138

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

qu’à ce qu’une dernière angoisse les jette à nos pieds comme des sacs vides ! Cela fait encore figure dans le monde, allez ! Ça piaffe devant les filles. Ça blasphème agréablement… Ah ! longtemps, je n’ai pas compris ; je ne voyais que des égarés, que Dieu ramasse en passant. Mais il y a quelque chose entre Dieu et l’homme, et non pas un personnage secondaire… Il y a… il y a cet être obscur, incomparablement subtil et têtu, à qui rien ne saurait être comparé, sinon l’atroce ironie, un cruel rire. À celui-là Dieu s’est livré pour un temps. C’est en nous qu’il est saisi, dévoré. C’est de nous qu’il est arraché. Depuis des siècles le peuple humain est mis sous le pressoir, notre sang exprimé à flots afin que la plus petite parcelle de la chair divine soit de l’affreux bourreau l’assouvissement et la risée… Oh ! notre ignorance est profonde ! Pour un prêtre érudit, courtois, politique, qu’est-ce que le diable, je vous le demande ? À peine ose-t-on le nommer sans rire. Ils le sifflent comme un chien. Mais quoi ! pensent-ils l’avoir rendu familier ? Allez ! Allez ! c’est qu’ils ont lu trop de livres, et n’ont pas assez confessé. On ne veut que plaire. On ne plaît qu’aux sots, qu’on rassure. Nous ne