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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 2, 1926.djvu/137

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LE SAINT DE LUMBRES

sur sa face et s’y répandit avec une majesté si douce que Sabiroux craignit de le voir tomber là, devant lui, mort. Il l’appela deux fois, timidement. Alors, comme un homme qui s’éveille :

— Je devais parler ainsi. Cela va mieux. Je crois qu’il m’était permis, Sabiroux, de rectifier un peu votre jugement sur moi. Il me serait pénible de vous laisser croire que j’aie jamais été favorisé de… de visions… d’apparitions… enfin de tentations peu communes. Cela n’était pas fait pour moi. Non ! Ce que j’ai vu, mon ami, je l’ai vu dans ma petite sacristie, assis sur ma chaise de paille, aussi clairement que je vous vois. Voyez-vous, on ne sait pas ce que c’est qu’un pécheur. Qu’est-ce qu’une voix dans le noir d’un confessionnal, qui ronronne, se hâte, se hâte, et ne se pose que sur les premières syllabes au mea culpa ? Bon pour les enfants, ça, pauvres petits ! Mais il faut voir, il faut voir les visages où tout se peint, et les regards. Des yeux d’homme, Sabiroux ! On a toujours à dire là-dessus. Certes ! j’ai assisté bien des mourants ; ce n’est rien ; ils n’effraient plus. Dieu les recouvre. Mais les misérables que j’ai vus devant moi — et qui discutent, sourient, se débattent, mentent, mentent, mentent — jus-