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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 2, 1926.djvu/135

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LE SAINT DE LUMBRES

Le curé de Lumbres pose sur le front du futur chanoine un doigt aigu.

— Malheureux sommes-nous, dit-il d’une voix rauque et lente, malheureux sommes-nous qui n’avons ici qu’un peu de cervelle, et l’orgueil de Satan ! Qu’ai-je à faire de votre prudence ? À présent mon sort est fixé. Quelle paix j’ai cherchée, quel silence ? Il n’y a pas de paix ici-bas, vous dis-je, aucune paix, et dans un seul instant de vrai silence ce monde pourri se dissiperait comme une fumée, comme une odeur, j’ai prié Notre-Seigneur de m’ouvrir les yeux ; j’ai voulu voir sa Croix ; je l’ai vue ; vous ne savez pas ce que c’est… Le drame du Calvaire, dites-vous… Mais il vous crève les yeux, il n’y a rien d’autre… Tenez ! moi qui vous parle, Sabiroux, j’ai entendu — oui — jusque dans la chaire de la cathédrale… des choses… je ne peux pas dire… Ils parlent de la mort de Dieu comme d’un vieux conte… Ils l’embellissent… ils en rajoutent. Où vont-ils chercher tout ça ? Le drame du Calvaire ! Prenez bien garde, Sabiroux.

— Mon cher ami… mon cher ami, bégayait l’autre à bout de forces… une telle exaltation… une telle violence… si éloignée de votre caractère…