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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 2, 1926.djvu/13

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LA TENTATION DU DÉSESPOIR

gulier. Pourquoi me refuseriez-vous ce que je vous demande : un moment d’entretien, qui sera sans doute plein de consolations pour moi et pour vous ?

Elle haussa les épaules, et ne fit aucun geste pour le suivre. Toutefois elle hésitait à prendre parti, retenue là par une inquiétude dont elle ne savait pas encore qu’elle était une espérance secrète.

Elle avait quitté la veille ses cousins de Remangey. La voiture l’avait conduite jusqu’à Faulx, où elle avait demandé qu’on la laissât, vers sept heures du soir. Elle devait dîner chez son amie, Suzanne Rabourdin, à l’estaminet de la « Jeune France », et ferait à pied, disait-elle, après souper, les quatre ou cinq kilomètres qui la séparaient de Campagne. Depuis sa dernière maladie, bien que son accouchement eût été tenu secret, quelques-uns de ses parents n’ignoraient pas qu’elle avait gravement souffert d’une « maladie noire ». La « maladie noire » est, pour ces bonnes gens, inguérissable, et ceux qui en sont atteints se trouvent décidément classés dans la catégorie des pauvres diables qui, selon l’amer et touchant dicton, « n’ont pas tout ». Pour cette raison, il était rare