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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

il leur était impossible de marcher de front.

Jamais le petit cœur de Mouchette ne sauta plus fort dans sa poitrine qu’à l’instant où, sans force encore pour résister ou même ruser, elle entendit derrière elle piétiner les gros souliers ferrés. Ils firent ainsi quelques pas, en silence. À chacune de ses larges enjambées, le vicaire de Campagne, marchant littéralement sur ses talons, la forçait à se hâter. Au bout d’un instant cette contrainte parut si insupportable à Mouchette que l’espèce de crainte qui la paralysait tomba. Sautant légèrement sur le talus, elle lui fit signe de passer.

— Vous n’avez rien à craindre, dit l’abbé Donissan, et je ne vous contraindrai pas. Aucune curiosité ne me pousse. Je suis seulement heureux de vous avoir rencontrée aujourd’hui, après tant de jours perdus. Mais il n’est pas trop tard.

— Il est même un peu trop tôt, répondit Mlle Malorthy, en affectant de contenir un rire aigu.

— Je ne vous ai pas cherchée, reprit le vicaire de Campagne : je vous demande pardon. Pour vous rencontrer j’ai fait un long détour, un très long détour, un détour bien sin-