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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 2, 1926.djvu/11

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LA TENTATION DU DÉSESPOIR

Pour descendre un creux de chemin, elle passa devant lui et, glissant sur la pente, rattrapa son équilibre en posant ses cinq petites griffes sur la manche noire.

Pourquoi s’arrêta-t-elle de nouveau ? Quel doute la retint un moment encore immobile ? Et surtout pourquoi prononça-t-elle d’autres paroles, qu’en elle-même, au même instant, elle désavouait ?

— Hein ? vous pensez : elle vient de quitter son amant ; elle rentre avant l’aube ?… Vous ne vous trompez pas tout à fait.

Ses yeux, à la dérobée, firent le tour de l’horizon. À leur droite, les grands pins de Norvège, au feuillage noir, faisaient une masse sombre et grondante, sur le ciel oriental, déjà pâli. Ce n’était pas la première fois qu’elle entendait leur âpre voix.

L’abbé Donissan posa doucement la main sur son épaule, et dit simplement :

— Voulez-vous que nous fassions ensemble un peu de chemin ?

Il descendit le talus et prit, sans hésiter, la direction du hameau de Tiers, tournant le dos au château de Cadignan et au village même. Le chemin se rétrécissant peu à peu,