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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 2, 1926.djvu/100

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

pauvre oignon d’argent, souvenir du Grand Séminaire, attaché au mur : « À cette heure du matin, se dit-il, assurément c’est un malade. » Un malade, un de ses enfants ! De son regard si bref et si aigu, il revit le village épars et les fumées dans les arbres. Toute la petite paroisse, et tant d’âmes à travers le monde, dont il était la force et la joie, l’appellent, le nomment… Il écoute ; il a déjà répondu ; il est prêt.

Qu’est-ce qui l’attend, au bas de l’escalier — son perchoir — comme il aime à dire ? Quelles paroles ? Quel visage ? Et, tout à l’heure encore, quel nouveau combat ? Car il emporte en lui cette chose qu’il ne peut nommer, accroupie dans son cœur, si large et pesante, son angoisse, Satan. Il n’a pas recouvré la paix, il le sait. Avec lui, respire un autre être. Parce que la tentation est comme la naissance d’un autre homme dans l’homme, et son affreux élargissement. Il traîne au dedans ce fardeau ; il n’ose le jeter, où le jetterait-il ? Dans un autre cœur.

Mais le saint est toujours seul, au pied de la croix. Nul autre ami.

— Monsieur le curé, s’écrie la vieille Marthe, monsieur le curé !