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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/98

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

— Cocasse ! répéta Gallet.

Les lèvres de Mouchette tremblèrent.

— Baise-moi la main, dit-elle tout à coup… Oui… embrasse-moi la main… je veux que tu me baises la main !

Sa voix avait fléchi, exactement comme celle d’un acteur qui manque l’effet prévu, perd pied, s’entête. En même temps elle appuyait la paume sur la bouche de son amant. Puis elle s’écarta brusquement, et dit avec une extraordinaire emphase :

— Tu viens de baiser la main qui l’a tué.

— Tout à fait cocasse ! répéta pour la troisième fois M. Gallet.

Mouchette essaya d’un rire de mépris ; mais l’éclat contenu en fut si cruel et si déchirant qu’elle se tut.

— C’est de la démence, dit posément le docteur de Campagne. Un autre que moi en reconnaîtrait ici les symptômes. Mais tu es une fille nerveuse, d’hérédité alcoolique, pubère depuis deux ou trois ans, souffrant d’une grossesse précoce : en un tel cas, ces accidents ne sont pas rares. Excuse-moi de parler ainsi : je m’adresse à ta raison, à ton bon sens, parce que je sais que ces sortes de malades ne sont jamais absolument dupes de leur propre délire. Conviens-en : c’est une plaisanterie ? Seulement un