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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/97

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HISTOIRE DE MOUCHETTE

de seize ans. Qui s’en doute ? Et ta femme elle-même ? Avoue-le, vieux scélérat, tu la trompes ici, à son nez, à sa moustache (elle en a !), c’est la moitié de ton bonheur. Je te connais. Tu n’aimes pas l’eau claire. Ainsi, dans ma fameuse mare de Vauroux, je vois des bêtes très drôles, très singulières ; ça ressemble un peu à des mille-pattes, mais plus longs… Un instant tu les verras flotter à la surface limpide de l’eau. Puis ils s’enfonceront tout à coup et, à leur place, monte un nuage de boue. Hé bien ! ils nous ressemblent. Entre les imbéciles et nous, il y a aussi ce petit nuage. Un secret. Un gros secret… Quand tu le sauras, comme on s’aimera !

Elle se rejeta aussitôt en arrière, riant d’un rire silencieux.

— Cocasse ! dit Gallet.

Elle fit du bout des lèvres une grimace enfantine, et le fixa un moment, d’un air inquiet. Puis son visage s’éclaira de nouveau :

— C’est vrai que je parle trop, avoua-t-elle ; par peur, au fond. Je parle pour ne rien dire. Si Zéléda entrait maintenant, serais-je seulement contente, ou bien fâchée ? Attends ! Attends ! Écoute-moi bien d’abord ; Le papa, ce n’est pas toi. Non ! Devine ?… C’est le marquis… oui… oui… M. le marquis de Cadignan…