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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/95

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HISTOIRE DE MOUCHETTE

d’homme ! Tu as peur d’elle, et tu n’as pas peur de moi !

Il supplia :

— Quel intérêt prends-tu à faire du mal ?

— Aucun, en vérité, aucun. Je ne te veux absolument aucun mal. Seulement pourquoi n’as-tu pas peur de moi ?

— Tu es une bonne fille, Mouchette.

— Sans doute ; une bonne fille. Avec elle, tu ne partageras que le plaisir. L’as-tu prouvé tout à l’heure, oui ou non ? Un enfant de Mouchette, fi donc !

— Il n’est pas de moi, s’écria-t-il, hors de lui.

— Supposons-le. Je ne te demande pas de le reconnaître.

— Non (ils parlaient bas), tu exigeais seulement de moi un acte que ma conscience réprouve.

— Nous parlerons de ta conscience dans un moment, répondit Mouchette. En refusant de me rendre service, tu as fini de m’ouvrir les yeux. N’attends pas que je te cherche querelle. Je ne t’aime ni pour ta beauté — regarde-toi — ni pour ta générosité ; sans reproche, tu es plutôt rat ! Qu’est-ce que j’aime donc en toi ? Ne me regarde pas avec ces yeux ronds ! Ton vice… Tu vas dire : c’est une phrase de roman ?… Si