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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/90

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

pourquoi, tout à l’heure ?… Voyons ! tu parais te rendre très sagement, loyalement, à mes raisons ; tu parais résignée à demander à d’autres — je ne veux pas les connaître, je ne veux pas savoir leurs noms — l’acte dangereux, discutable, dont je ne puis accepter la responsabilité ; tu t’en vas sans colère, avec une mine de chien battu, mais docile… et soudain… — oh ! oh ! je te parais curieux, mais tu ne peux pas savoir : c’est ce que nous appelons un cas, un cas très intéressant… — soudain pour une serrure fermée, une porte qui ne cède pas tout de suite, voilà que tu fais une crise de délire, de véritable délire !… (L’imitant :) « J’ai fait tout à l’heure un rêve… Oh ! quel rêve !… » Je t’ai rattrapée au vol. Tu avais une mine si singulière ! Où allais-tu ?

— Tu veux le savoir ? Mais tu ne me croiras pas.

— Dis toujours.

— J’allais me tuer, répondit tranquillement Mouchette.

Il frappa violemment ses genoux du plat de la main.

— Tu te moques de moi !

— Ou si tu veux, poursuivit-elle, imperturbable, je voyais comme je te vois un coin de la mare du Vauroux, près de la ferme, sous deux