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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/9

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HISTOIRE DE MOUCHETTE

— Mon Dieu ! s’écria Malorthy, la petite tombe faible !

La pauvrette appuya ses deux mains sur son ventre, et fondit en larmes. Le regard aigu de la mère Malorthy rencontra celui de sa fille.

— Laisse-nous un moment, papa, dit-elle.

Comme il arrive, après mille soupçons confus, à peine avoués, l’évidence éclatait tout à coup, faisait explosion. Prières, menaces, et les coups même, ne purent tirer de la fille obstinée autre chose que des larmes d’enfant. La plus bornée manifeste en de telles crises un sang-froid lucide, qui n’est sans doute que le sublime de l’instinct. Où l’homme s’embarrasse, elle se tait. En surexcitant la curiosité, elle sait bien qu’elle désarme la colère.

Huit jours plus tard, cependant, Malorthy dit à sa femme, entre deux bouffées de sa bonne pipe :

— J’irai demain chez le marquis. J’ai mon idée. Je me doute de tout.

— Chez le marquis ! fit-elle… Antoine, l’orgueil te perdra, tu ne sais rien de sûr ; tu vas te faire moquer.

— On verra, répondit le bonhomme. Il est dix heures ; couche-toi.

Mais, quand il fut assis, le lendemain, au