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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/84

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

voit pas encore… Ainsi ! En tout cas, tu ne me laisseras pas dans l’embarras, je suis sûre.

— Qu’est-ce que tu racontes là ? fit-il.

— Je n’accoucherai ni dans trois mois, ni dans six. Je n’accoucherai jamais.

Il dit en riant :

— Tu m’étonnes !

Mais elle leva de nouveau vers lui son regard aigu :

— Je ne suis pas si bête, va ! Je sais comme ça vous est aisé, à vous autres. Une, deux, trois, pfutt ! fini, envolé, plus rien…

— Ce que tu me demandes là de commettre, mon petit, est un acte grave, réprimé par la loi. Comme d’habitude j’ai là-dessus mon franc parler. Mais un homme dans ma situation doit tenir compte d’opinions — ou, si tu veux, de préjugés — peut-être respectables, certainement puissants… La loi est la loi.

Car il pensait bien dès lors que la démarche imprudente de Mouchette l’avait trahie. Qu’une amante est plus légère, quand elle a livré son secret !

— Tu ne saurais m’apprendre mon métier, petite, ajouta-t-il, complaisant. L’amour ne me fera jamais perdre la tête au point d’en oublier des précautions élémentaires… D’ailleurs peut-être interprètes-tu de travers des symptômes