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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/73

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HISTOIRE DE MOUCHETTE

d’un sentiment inaccessible l’ennoblit pour un instant. Mais l’exclamation attendue resta sur ses lèvres ; il rougit, détourna les yeux, et se tut.

— M’aimes-tu ? dit-elle tout à coup d’une voix où la plainte se faisait étrangement grave et dure.

Puis elle ajouta aussitôt :

— Je te demande ça à cause d’une idée que j’ai dans la tête.

— Quelle idée ?

— M’aimes-tu ? reprit-elle soudain de la même voix.

En même temps, elle se levait, toute vibrante, ridiculement nue dans son manteau entrouvert, nue et menue, et dans les yeux ce même regard d’où l’orgueil était tombé.

— …Réponds-moi ! dit-elle encore, réponds-moi vite !

— Voyons… Germaine…

— Rien de ça ! s’écria-t-elle… Pas de ça ! Dis-moi seulement : je t’aime !… oui… Comme ça !

Elle renversait la tête, et fermant les yeux. Entre les lèvres tremblantes, il voyait les dures dents blanches, et l’haleine y faisait un léger sifflement, encore perceptible, dans le silence.

— Hé bien quoi ? fit-elle, c’est tout ? Tu n’oses pas dire ?