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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/66

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

pluie à la main. Elle était entrée si vite que l’écho de son pas rapide sur les dalles n’était pas encore, derrière elle, retombé.

Elle éclata de rire, au nez du jardinier, qui rit aussi. La fenêtre entr’ouverte laissait passer l’odeur du soir, toujours complice ; et la lueur fauve, au bord du fauteuil, dans le même instant, s’éteignit.

— Que puis-je pour votre service, mademoiselle Germaine ? demanda le docteur Gallet.

Il se hâtait de fermer l’enveloppe.

— Papa devait vous annoncer lui-même que la prochaine réunion du Conseil est remise au 9 courant ; alors… puisque je passais par ici… répondit-elle avec son calme habituel, en appuyant si drôlement sur les mots « conseil » et « remise au 9 courant » que Timoléon rit encore sans savoir pourquoi.

— Allez ! Allez ! fit rudement M. Gallet, en lui tendant la lettre.

Il le suivit des yeux jusqu’à ce que la porte se fût refermée.

Puis :

— Qu’est-ce que cela signifie ? dit-il.

— Tu veux le savoir tout de suite ? répondit-elle en posant en travers du fauteuil son parapluie. Hé bien, je suis enceinte, voilà tout !