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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/56

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

Une minute, il tira nerveusement sa moustache, songeant : « L’histoire est singulière… lequel me trompe ?… » D’ailleurs, jamais parole menteuse ne fut si aisément proférée, plus librement, sans y songer, pareille à un geste de défense, aussi spontanée qu’un cri.

— Grosse ou non, je ne me dédis pas, Mouchette, dit-il enfin… Sitôt la bicoque vendue, je trouverai bien un coin pour deux, une maison de garde-chasse, à mi-chemin de la rivière et du bois, où vivre tranquille. Et mille noms d’une pipe, le mariage est peut-être au bout…

Le bonhomme s’attendrissait ; elle répondit tranquillement :

— Allons-nous en demain ?

— Oh ! la sotte, s’écria-t-il, vraiment ému. Tu parles de ça, ma parole ! comme un dimanche soir d’un tour en ville… Tu es mineure, Mouchette, et la loi ne badine pas.

Aux trois quarts sincère, mais de trop vieille race paysanne pour s’engager imprudemment, il attendait un cri de joie, une étreinte, des larmes, enfin la scène émouvante qui l’eût tiré d’embarras. Mais la rusée le laissait dire, dans un silence moqueur.

— Oh ! fit-elle, je n’attendrai pas si longtemps une maison de garde-chasse… À mon âge ! Une belle mine que je ferais entre votre