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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/48

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

— Oh ! là, là ! fit-elle en riant (mais les yeux pleins de larmes), quel sermon !

Il rougit de désappointement et fixa sur l’étrange fille, à travers la fumée de sa pipe, un regard où la colère pointait déjà. Mais elle le soutint bravement.

— Vous pouvez les garder, vos cinq cents louis ; ils vous font plus besoin qu’à moi !

Et certes, elle eût été bien embarrassée de justifier son singulier plaisir, et de donner un nom à tous les sentiments confus qui gonflaient son cœur intrépide. Mais à cet instant elle ne désira rien de plus que d’humilier son amant dans sa pauvreté, et le tenir à sa merci.

Avoir, une heure plus tôt, franchi la nuit d’un trait vers l’aventure, défié le jugement du monde entier, pour trouver au but, ô rage ! un autre rustre, un autre papa lapin ! Sa déception fut si forte, son mépris si prompt et si décisif qu’en vérité les événements qui vont suivre étaient déjà comme écrits en elle. Hasard, dit-on. Mais le hasard nous ressemble.

Qu’un niais s’étonne du brusque essor d’une volonté longtemps contenue, et qu’une dissimulation nécessaire, à peine consciente, a déjà marqué de cruauté, revanche ineffable du faible, éternelle surprise du fort, et piège tou-