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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/47

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HISTOIRE DE MOUCHETTE

entendu, seulement attentive aux mille riens que nous dédaignons, au regard qui l’évite, à telle parole inachevée, à l’accent de votre voix — cette voix de mieux en mieux connue, possédée, — patiente à s’instruire, faussement docile, s’assimilant peu à peu l’expérience dont vous êtes si fier, moins par une lente industrie que par un instinct souverain, tout en éclairs et illuminations soudaines, plus habile à deviner qu’à comprendre, et jamais satisfaite qu’elle n’ait appris à nuire à son tour.

— Procédons par ordre : Que me reproches-tu ? T’ai-je jamais caché que dans ma vieille bicoque à poivrières je n’étais pas moins gueux qu’un croquant ? Pouvons-nous tenir le coup, oui ou non ? Qu’on ferme les yeux sur les embêtements futurs, rien de mieux, et, dans l’amourette, le chanteur n’est pas le dernier à se prendre à sa chanson. Mais promettre ce qu’on sait bien ne pouvoir tenir, c’est vraiment duperie de goujat. Vois-tu la tête du curé et celle de son grand diable de vicaire si nous nous présentions dimanche à la messe, la main dans la main ? Mon moulin de Brimeux vendu, les dettes payées, il me restera bien quinze cents louis, nom d’une pipe ! Voilà du solide. Concluons : quinze cents louis, deux tiers pour moi, le dernier pour toi. C’est dit. Topons là !