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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/40

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

rais peut-être me faire l’honneur de me répondre ?

— Répondre quoi ?

Et elle le regardait en face, du même regard paisible.

— Répondre quoi !… commença-t-il. Mais il ne put s’empêcher de détourner les yeux.

— Ne plaisantons pas, ma fille, et mettons les points sur les i. D’ailleurs, je ne veux pas me fâcher. Tu dois comprendre que nous sommes intéressés tous les deux à laisser passer l’orage. Puis-je te conduire demain à la mairie, oui ou non ? Alors ? Tu ne prétends pas, j’imagine, rester ici à la barbe du papa ? Ma foi, nous en verrions de belles ! Il est une heure et demie, conclut-il en tirant sa montre ; je m’en vas atteler Bob, et te mener grand train jusqu’au chemin des Gardes. Tu seras rentrée chez toi avant le jour. Ni vu ni connu. Et tu opposeras demain à Malorthy un front d’airain. Quand le moment sera venu nous aviserons. C’est promis. Allons ! ouste !

— Oh ! non, fit-elle. Je ne retournerai pas à Campagne ce soir.

— Où coucheras-tu, tête de bois ?

— Ici. Sur la route. N’importe où. Qu’est-ce que ça me fait ?

Cette fois il perdit patience, et commença